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Parler de la guerre avec les enfants

Le 04 avril 2022

 

   

Lorsque des événements tragiques surviennent, les parents, éducateurs, enseignants… se demandent comment en parler aux enfants. Que dire ? Comment ? À partir de quel âge ? Chaque adulte s’interroge sur la manière de rassurer l’enfant en étant attentif à ses questions sans les anticiper.

Dans ce contexte, construire une collectivité éducative autour des enfants est particulièrement porteur pour eux. Chaque adulte amène à l’enfant des éléments de compréhension différents, évoque les questions dans la singularité ou dans le collectif… L’enfant profite alors de ces allers-retours entre les différentes sphères de sa vie (l’école, la ou les maisons…) pour construire à son rythme sa pensée, sa représentation du monde dans lequel il est inscrit.

En tant qu’adulte, il est parfois difficile de gérer nos propres angoisses, émotions et du coup de prendre soin des enfants. C’est pourquoi, quand l’impression d’être dépassé nous gagne, il est nécessaire de faire appel à son réseau par exemple les collègues, proches, d’autres structures pour échanger, parler, mais aussi penser ensemble ce qui peut être proposé aux enfants.

Pour un enfant, maintenir la vie dans sa quotidienneté, le travail, l’apprentissage scolaire par exemple est une manière d’assurer une stabilité à son développement. Il s’agit de lui offrir un espace où il peut se concentrer en étant protégé des préoccupations qui ne sont pas les siennes, des tensions familiales, de l’agitation,… Mais cela ne peut être porteur que si l’enfant sait qu’il y a par ailleurs des moments, des lieux où il peut parler, évoquer ses inquiétudes, ses préoccupations propres, alors, l’enfant déjà grand peut postposer.

Saisir les petites et grandes occasions pour parler aux enfants

L’enfant, témoin des conversations des adultes, des autres enfants, voit des images, des vidéos à la télévision, sur les réseaux sociaux, entend les nouvelles à la radio… Se montrer attentif à ses questions, sans les anticiper, en l’interrogeant sur ce qu’il en a compris, en pense ou en ressent, permet à l’enfant de rester acteur de sa pensée et du monde dans lequel il vit. Parfois, un enfant confiera avoir fait un cauchemar à propos de la guerre, l’adulte peut alors saisir cette occasion pour aborder ce sujet avec lui.

Dans ces contextes de guerre, l’accompagnement aux écrans est particulièrement important, comme le JT par exemple : interroger sur les images vues et les programmes regardés, sur le ressenti. Prendre le parti de couper l’information en continu, de limiter les temps d’écran permet également à l’enfant de métaboliser ce qu’il a reçu comme information (par le jeu notamment) et aussi de souffler, rêver et créer.

Les enfants sont de vraies éponges vis-à-vis des émotions des adultes qui leur sont proches et prennent soin d’eux. Ils peuvent être touchés par ce qui se passe dans le monde parfois en ricochet aux émotions, réactions vives ou dépressives des adultes. Dès lors, pour les enfants très jeunes, il pourra être nécessaire de mettre des mots simples pour expliquer que « papa et maman sont inquiets en ce moment, mais ça n’est en aucun cas de ta faute ». Pour les enfants plus grands, cacher nos émotions ne les aide pas à apprivoiser les leurs, à les décoder. Il s’agit plutôt de les « passer au tamis », les filtrer, d’ajuster les mots en fonction de l’âge, la maturité de l’enfant, tout en le rassurant.

Contextualiser à hauteur d’oreilles d’enfant

Lorsqu’on sent les enfants préoccupés par une guerre, un événement tragique, dans un premier mouvement, les laisser s’exprimer sur ce qu’ils en comprennent, ce qui les inquiète, ce qu’ils pensent de la situation est un point de départ pour débattre des grands thèmes de la vie : la vie, la mort, la violence… Un dessin de presse, une chanson offrent également des surfaces de symbolisation qui permettent d’amorcer des discussions, des échanges sur une thématique particulière.

Dans un second temps, si les enfants manifestent de l’inquiétude ou semblent perdus, l’adulte doit pouvoir amener des éléments concrets sur lesquels s’appuyer, par exemple, en montrant une carte, une mappemonde. Ces informations géographiques très précises permettront de circonscrire un conflit à une zone du monde. Des éléments d’histoire peuvent également permettre de placer les événements sur une ligne du temps : le passé, le présent et l’avenir. En retraçant le fil géopolitique et historique, en parlant des origines du conflit, des différences entre les pays (appartenance aux mêmes instances internationales ou non par ex), en parlant des faits, des populations qui se lèvent ou non contre leur gouvernement… on permet aux enfants de sortir de l’émotion brute, de construire leur esprit critique, de nuancer leur jugement qui peut, pendant un temps de l’enfance, être très dichotomique (les gentils et les méchants). Parler ensemble, de manière factuelle, de points concrets, permet d’apaiser l’imaginaire et peut faire barrage aux angoisses qui se manifestent parfois face au chaos d’une situation.

Il n’est pas porteur de rentrer dans des détails qui dépassent les questions des enfants. Rassurer et attirer leur attention sur la solidarité, l’accueil des réfugiés, les revendications et mobilisations pour la paix sont également des aspects essentiels. Cela leur permet d’avoir prise sur la situation, se sentir acteurs pour palier au sentiment d’impuissance qui nous gagne, tous, adultes et enfants, dans ces contextes. Les enfants peuvent agir des actions solidaires si les adultes les y invitent en rassemblant du matériel, des vivres pour les personnes prises dans le conflit, envoyer des dessins, réaliser des chaines humaines qui symbolisent la paix… Expérimenter la solidarité est essentiel. Ces occasions renforcent et soutiennent l’empathie pour une autre communauté humaine. Elles ouvrent la voie pour évoquer les traits de la vie : les mouvements de paix, les liens que l’on peut tisser les uns avec les autres. C’est aussi une opportunité pour aborder des situations quotidiennes de la vie de l’enfant : la violence au sein de la cour de récréation et les conséquences qu’elle a sur les amis…

Parler ensemble

En créant notamment des espaces de parole réguliers, des moments pour échanger, aborder tout ce qui les préoccupe dans leur vie, l’adulte développe une attention soutenue, ajustée et essentielle au développement de l’enfant. Ces rituels coutumiers rassurent les enfants quant à la possibilité d’y déposer leurs questions, leurs préoccupations à leur propre rythme.

En effet, les enfants qui le souhaitent peuvent alors dire comment ils se sentent, ce qu’ils comprennent, ce qui les questionne sans pour autant être obligés de prendre la parole. Ces espaces collectifs sont pensés par l’adulte pour être protecteurs et non invasifs ; le droit de ne rien dire y a sa place. Les enfants, même jeunes, peuvent déposer leurs questions singulières, interroger le sens de « faire la guerre », partager leurs inquiétudes... Avec un groupe d’enfants, il est utile d’avoir en tête que si tel enfant vit dans un contexte familial branché 24h/24 sur l’actualité, tel autre enfant en sera totalement déconnecté par choix parental notamment. Pour certains, le conflit paraitra loin, alors que d’autres y seront très sensibles voire y seront concrètement confrontés par la présence de réfugiés dans leur quartier, leur école, leur famille.

Dans les lieux collectifs, comme les écoles, ouvrir régulièrement des espaces pour parler (indépendamment de ce qui se passe dans l’actualité) permet aux enfants d’évoquer les petits et grands soucis de leurs vies. Les inviter à s’exprimer sur tout sujet qui les préoccupe, sans présager de ce qui constitue un motif d’inquiétude pour eux, est essentiel. Cela leur montre que des adultes sont disponibles, à leur écoute, et qu’ils n’ont pas peur de prendre à bras le corps leurs questions. Tous les sujets peuvent être évoqués, personne ne doit rester avec des choses lourdes sur le cœur, les adultes sont là, présents, pour aider les enfants à grandir.

Penser ensemble

Contre le chaos, il n'y a pas d'autres armes que celles de la pensée, de la dignité, de l'attention à autrui, de la construction démocratique permanente, le travail de la culture… L'homme gagne son humanité en évitant d'être emporté par ses émotions grâce à sa capacité de penser par (à) lui-même, à l’autre et au monde qui l'entoure.

L'école ainsi que les associations qui accueillent les jeunes sont des lieux où l'on cherche à comprendre, où l'on apprend à penser ; y compris dans les limites de l'impensable. Telle est la responsabilité de l'éducateur. Les événements dramatiques sont chaque fois des occasions de penser ensemble à de nombreux thèmes au fil des questions et sans les devancer : Pourquoi la guerre existe ? Quelle est la frontière entre le bien et le mal ? Il pourrait y avoir la guerre ici ? Qui sont les « gentils », qui sont les « méchants » ? Pourquoi y a-t-il de la violence ? Quelles réponses donner ? Impossible de les tracer au cordeau, on peut juste penser ensemble en sachant qu'il n'y a pas de « maître de l'univers », seulement des humains qui tentent de faire de leur mieux dans un monde où, hélas, il y a des catastrophes, des accidents, des pandémies, des guerres. Depuis l'aube des temps, les hommes ont à la fois cherché à s'en prémunir mais également ont été amenés à vivre avec ce réel, le ciel qui peut tomber sur la tête malgré la potion magique. Reconnaître cette part de non-maîtrisable et faire entendre à l'enfant qu'il y a moyen de vivre avec, c'est également l’aider à grandir.

Jouer, dessiner, créer… pour comprendre le monde

Les enfants n’ont pas toujours les mots pour exprimer ce qu’ils ressentent. Parfois même ils ne comprennent pas vraiment leurs émotions, ce qui les traverse… Leur offrir des moments, des espaces, du matériel pour jouer, dessiner, écrire des textes, des poèmes… est essentiel pour les aider à grandir. Grâce au jeu, au dessin, les enfants se « débarrassent » en quelque sorte de ce qui les encombre, ils déposent leurs émotions, donnent formes et couleurs à leurs ressentis. Si les enfants jouent à la guerre dans la cour de récré par exemple, c’est parce qu’ils saisissent là une occasion pour élaborer leurs questions, éprouver leurs sentiments. La tâche de l’adulte, alors consciemment en retrait, consistera à garder une attention vive afin de vérifier que les règles ne débordent pas : de veiller à ce que tous les enfants soient consentants, qu’ils restent dans le symbolique du jeu… Jouer aide à grandir, à comprendre le monde, à créer, à apprivoiser ses peurs, à se construire…

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Thématique: 

Rôle des professionnels de l'enfance

Société

Source : Yakapa.be



Jouer « à faire semblant » aide l’enfant à grandir, un entretien avec Fabien Joly (03:37), psychologue, psychomotricien.

Le 01 avril 2022

Le jeu du faire semblant est un espace essentiel d'élaboration et de traitement pour l’enfant. Il s'agit d’une fonction de replay vitale à l’enfant pour se réapproprier une scène traumatique ou micro-traumatique, des éléments de réalité qui lui échappent. Jouer à faire semblant aide l’enfant à élaborer son vécu, les questions et les émotions qui le traversent.

Ce jeu « gratuit » de « on disait que.. », « tu serais le soldat », « je serais la princesse »… pour « de faux » permet une symbolisation, une transformation des affects, de l’angoisse, des désirs… des éléments de la réalité qui entourent l’enfant, des images vues à la télévision qu’il a besoin de se réapproprier. C'est une élaboration absolument centrale pour se réapproprier par le jeu, s'en détacher, élaborer en faisant semblant et en prêtant cette scène vécue, un peu énigmatique, à une dimension de replay.

 Source : yakapa.be


Le cadre de soin en institution

Le 28 février 2022

De façon laconique notre proposition est la suivante : le cadre, c’est le tiers.
Ce n’est pourtant pas tout du « tiers » : Le cadre a en effet quelques particularités, s’il est la partie non processus qui conditionne qu’un processus de rencontre et de transformation puisse avoir lieu (José Bleger), il est aussi lié aux enjeux matériels de la rencontre. Une partie de la réalité vient moduler le cadre et ses effets.

Une réflexion sur le cadre théorique fondant une bonne partie du cadre interne du clinicien est également bien utile face aux imprévus que la clinique exige. Quand la propre pensée du clinicien est attaquée, sa capacité à se référer à d’autres devient précieuse. Alors :

► Quels autres ?
► Comment ?

Le cadre clinique lui-même est très lié au précédent, et va orienter ce qui s’exprime dans la rencontre.

Si une médiation est proposée, elle ne peut être neutre dans ce qui se produit dans la rencontre. Le travail en binôme, en groupe, ou avec médiation aquatique pour exemple sont des aspects du cadre clinique choisis et adaptés « avant-coup » qui faciliteront des « après-coup » peu prévisibles au départ.

Enfin une partie du cadre, intime, ne peut être particulièrement mise au travail en formation. Il est impossible pourtant de l’éluder : le clinicien (son infantile) a quelque chose à voir avec la rencontre, avec ce qui se passe. La prise en compte des enjeux du transfert et du contre-transfert sont partie prenante de tout cadre clinique.

Ces quelques aspects du cadre sont à mettre au travail avec ses fonctions, qui peuvent se décliner selon divers auteurs :

  • Didier Anzieu métaphorise le moi-peau et ses fonctions à référer à celles du cadre.
  • Paul-Claude Racamier nous pousse à la réflexion sur les interactions, les garants, les effets du cadre (en institution), ainsi qu’à considérer quelques enjeux des transgressions.
  • Pierre Delion nous oriente sur les fonctions du cadre que nous dirions support du travail clinique (fonctions phorique, métaphorique, sémaphorique).

Ces approches, pour exemple, ne peuvent être exclusives et viennent nourrir les échanges afin que chacun y trouve repère, à chacun son cadre... Celui-ci ne peut être rigide, il conjugue les fonctions maternelles et paternelles, dans une certaine adaptation à la clinique singulière. Le cadre n’est pas une donnée stable, il s’adapte à la singularité de cette rencontre là…

Ce n’est, bien sûr, qu’avec le matériel apporté par les stagiaires que pourra se créer la matière à penser, la matière à travailler et donc à réfléchir ensemble. C’est par l’expérience mise en commun que pourra se cheminer et s’appréhender cette notion de « cadre » et sa fonction.

Au-delà, du cadre individuel posé par chacun, c’est une équipe de soin qui intervient, ensemble, auprès des patients. Il s’agit donc d’une rencontre de plusieurs individualités, porteurs de cadres qui devront s’harmoniser pour faire « cadre » commun.

Mais pas que…, l’équipe de soin est aussi traversée par différentes strates, individuelles (intime/intrapsychique), inter subjectives, trans-subjectives, institutionnelles, sociales…
René Kaës nous aidera à penser ces liens et/ou alliances qui se jouent, à notre su et notre insu.

Ces quelques lignes indiquent les principaux repères qui guideront les formateurs dans leur approche de la formation sur le cadre de soin en institution, mais aussi de la formation violence et agressivité dans la clinique, ou encore, la formation sur la pratique psychomotrice en gériatrie.

Elles font en quelques sorte, premier cadre à celle-ci. Ces formations s’adressent à tout personnel soignant : psychomotricien, psychologue, médecin, cadre de santé, etc.

 



Philosophie du handicap, émission France Culture "Les chemins de la philosophie" du 14 au 17 février 2022

Le 17 février 2022

"La vie vaut-elle d'être vécue avec un corps en loque et en ruines ?"
Bien avant l'invention du mot "handicap", c'est Platon qui pose cette question dans l'un de ses dialogues, le Criton.
La réponse à cette question posée par Platon n'est pas la même au fil des siècles, et présente un bon indicateur pour savoir dans quel type de société nous vivons.
Et n'oublions pas que si le corps peut être en loque et en ruines, l'âme, ou plutôt l'esprit, dirait-on aujourd'hui, souvent, l'est aussi...

Pour en savoir plus : 

https://www.franceculture.fr/emissions/serie/philosophie-du-handicap



Psychologues et nécessité d'un travail sur soi... et les psychomotriciens aussi...

Le 10 février 2022

Un métier particulier, que celui du soignant...

Pourquoi les psychologues devraient-ils faire comme leurs patients ? Si certains voient cette nécessité comme allant de soi, d’autres continuent à renÍ¢cler. Alors, cette thérapie personnelle, est-elle indispensable ou facultative ? Voilà une question bien plus large qu’elle n’en a l’air…

   

Certains psychologues ont l’air surpris, voire gênés ou agacés, lorsqu’on leur demande s’ils font eux aussi un travail sur eux-mêmes. « Moi je vais bien, merci ». Comprenez : j’accompagne des gens qui ont besoin d’aide, mais ce n’est pas mon cas. D’autres ne peuvent concevoir un métier d’accompagnement sans « nettoyer leur écran » et donc se soumettre, régulièrement, à un suivi psychologique personnel. Que penser de tout ça ?

Pour aller plus loin : 

https://pro.guidesocial.be/articles/echos-du-terrain/psychologues-et-necessite-d-un-travail-sur-soi



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