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En tant que professionnel, que partager des confidences d’un enfant et avec qui ? Entretien avec Claire Meersseman

Le 01 mars 2020

Un entretien avec Claire Meersseman (04:02), psychologue clinicienne, psychothérapeute et thérapeute familiale.

Recevoir les confidences d'un enfant à propos de maltraitance est perturbant pour le professionnel. Dans un premier temps il est nécessaire d'en parler à un collègue, la direction, le pms ou pse et de faire ausculter l'enfant par un médecin si cela s'avère opportun... Partager ce secret permet au professionnel de prendre du recul par rapport à la situation et de ne pas agir dans la précipitation ou sous le coup de l'émotion.  

Selon les situations et surtout le degré de danger pour l'enfant, il est nécessaire de réfléchir à plusieurs sur quelle loi privilégier : l'assistance à personne en danger ou le maintien du secret professionnel. Selon cette analyse de la situation, il s'agira d'alerter les autorités judiciaires, de contacter des services tels que les équipes SOS Enfants, SAJ...

Les parents doivent être informés de la situation et une alliance est créee avec eux. 

 

Si je reçois les confidences d’un enfant maltraité, avec qui et qu’est-ce que je vais partager par rapport à ce qu’il y a lieu de faire ?

En tant que psychomotricien, il est possible que vous recueilliez les confidences d’un enfant maltraité. Dans le cadre de nos fonctions et au regard du secret professionnel, que faut-il partager comme information, avec qui et quoi faire ?

Claire Meersseman, psychologue clinicienne, psychothérapeute et thérapeute familiale donne réponses à nos interrogations sur la démarche à entreprendre dans ce type de situation perturbante.

En référer à ses collègues ou sa direction

En fonction de mon rôle, et de mon insertion dans l’institution dans laquelle je travaille, je dois étudier la possibilité d’en référer à un collègue de travail ou à mon chef de service. On sait tous que recevoir des confidences d’un enfant maltraité est quelques chose très perturbant et très lourd. Je peux être dans l’envie d’agir directement, ce qui sera sans doute nécessaire, mais en premier lieu il faut en référer quelqu’un de proche dans ma sphère professionnelle.

Evaluer le besoin de soin ou de protection de l’enfant

Si je reçois la confidence d’un enfant à l’école par exemple, c’est important que j’en parle avec des collègues ou avec ma direction. Ou de pouvoir référé au PSE s’il y a lieu de faire un constat, ou de référé au PMS pour qu’ils puissent prendre le relais. Cela va m’aider à prendre du recul sur la situation et pouvoir évaluer si cet enfant à d’abord besoin de soin ou besoin de protection.

Assistance à personne en danger et secret professionnel

S’il y a besoin d’une protection immédiate, nous allons être confronter à la question des limites par rapport au secret professionnel et à la question de l’assistance à personne en danger. Or ces deux lois qui organisent nos métiers, demandent que l’on évalue ce que l’on va mettre en priorité. Si je privilégie l’assistance à personne en danger, c’est-à-dire d’aider cet enfant et de le protéger, je vais devoir me délier du secret professionnel et faire appel aux autorités judiciaires. C’est un acte important, qui impliquent de grandes responsabilités, c’est pourquoi il est primordial que je l’évalue la situation avec des collègues et voir exactement quelles informations je vais transmettre aux autorités judiciaires. Mais tous les enfants qui sont maltraités, n’aboutissent pas au niveau judiciaire, pourquoi ? Parce-qu’avant même de faire appel aux autorités, si j’ai parlé avec des collègues, nous avons peut-être la possibilité de faire appel à tel ou tel service pour protéger cet enfant. Ce qui représente déjà une première intervention d’aide ou de soin pour l’enfant.

Faire équipe avec les parents

Il est important aussi de penser et de savoir qui sera la personne, qui va parler aux parents de la difficulté que l’on rencontre avec leur enfant et pouvoir faire alliance avec eux. C’est important de s’entourer, de faire une petite équipe d’intervention de première ligne. Il faut agir, mais il ne faut pas agir dans la précipitation. C’est important d’agir si on a réfléchi aux conséquences, aux types d’actions que nous allons mener tant par rapport à l’enfant, que à la relation que l’on aura avec les parents.

 

Claire Meersseman nous livre également un entretien vidéo qui nous explique quelle est la différence entre le secret professionnel et le devoir de discrétion qu’on vous invite à consulter



La place de l'émotion dans l'accompagnement des parents. Entretien avec Françoise Molénat, pédopsychiatre

Le 01 mars 2020

Devenir parent, donner la vie, élever un enfant... passe autant par des émotions que par la raison. Nos préoccupations en tant que psychomotriciens et professionnels de l'aide, doivent entendre ces émotions en présence, les prendre en compte, sans y mettre les nôtres, sans en être envahis. La sécurité que vit le professionnel dans son métier lui donnera l'assise pour permettre aux émotions en présence d'être éprouvées par les parents et de s'appuyer sur cette reconnaissance et cette écoute pour assurer leur propre sécurité psychique.

 

La place de l’émotion dans l’accompagnement des parents, retour sur l’entretien vidéo avec Françoise Molénat pédopsychiatre

Dans notre profession de psychomotricien, il est important d'accompagner les parents avec leur enfant et de prendre en compte leur ressenti, leurs émotions et leur difficulté. Une réflexion qui fait écho à plusieurs de nos formations continues en psychomotricité :

 

L’importance des émotions dans notre rôle de professionnel d’aide

On ne prend pas en compte les émotions des parents, leurs ressentis, leurs sentiments quand ils deviennent parents, quand ils mettent au monde un enfant, encore plus quand ils sont en difficulté et cela a des effets en négatifs. Mettre au monde un enfant, élever un enfant passe par des émotions et pas par la raison ni des conseils mais par des ressentis.

Donc si des professionnels rencontrent des femmes, des hommes ou des couples autour de cet accès à la place de parents, quel que soit le moment, et qu’ils ne s’intéressent pas un minimum à ce qu’ils ressentent, ils les amputent de tout un registre qui est essentiel dans l’image que les parents ont d’eux-mêmes et dans les outils pour rencontrer un enfant et pour être bien avec lui.

Il faut repartir de là, ce n’est pas en plus de s’occuper des émotions, mais c’est revenir à quelque chose de normal qu’on avait oublié. Dans la phase de désir de maitriser la sécurité médicale, une phase importante, il a fallu cloisonner les services et cloisonner l’humain. Dans cette phase, on a pu penser, après coup, qu’on pouvait surveiller une grossesse sans s’occuper des émotions par exemple. Qu’est-ce qu’on allait faire si une femme se mettait à pleurer ? On n’était pas formé à ça, et ça sortait de notre champ. Nous n’avions pas les collaborations qui permettaient de prendre en compte les trajectoires difficiles des parents. Donc les obstétriciens, si on prend leur exemple, avaient la hantise de voir une femme enceinte pleurer.

Remettre les émotions des parents à leur place

Aujourd’hui, tout l’effort qui est fait c’est de remettre l’émotion à sa place, dans nos préoccupations. Ce qui veut dire, ne pas gommer celles de parents et ne pas gommer non plus les nôtres, en sachant qu’il ne faut pas mettre les nôtres à la place de celles des parents. Ce qu’il faut c’est faire attention en tant que professionnels, que l’on peut être éprouvé par des communications difficiles ou des situations douloureuses qui nous font vibrer, et que nous avons besoin d’être en sécurité minimal pour redonner de la sécurité à des parents qui eux sont dans l’épreuve. Donc cette question de la sécurité du professionnel est centrale, c’est-à-dire, comment des professionnels peuvent s’approcher un petit peu pour montrer aux parents éprouvés, qu’ils ne sont pas abandonnés, et que leurs émotions sont reconnues par les professionnels qu’ils rencontrent à différents moments. Mais comment les professionnels peuvent ne pas prendre la place des parents, qu’ils ne soient pas envahis eux-mêmes et peuvent éventuellement s’appuyer sur ce qu’ils éprouvent pour permettre aux parents d’avancer, qu’on avance ensemble.

Reconnaître ses limites et s’appuyer sur le processus de complémentarité

Dans certains nombres de cas, un professionnel peut être amené à dire à des parents « je ne sais pas comment faire », « je vois ce que vous vivez » ou « peut-être je me suis trompé ». Il faut poser ses limites, ce qui n’est pas facile pour un professionnel, mais nous avons pu être maladroits et nous pouvons le reconnaitre. Nous ne sommes pas tout seul et que si quelque chose se révèle difficile et qu’on ne sait pas comment faire, on peut s’appuyer sur d’autres professionnels. Il faut mettre en place le processus de complémentarité, de soutien interprofessionnel, et pouvoir dire aux parents que ce qu’ils sont en train de vivre, mérite que nous travaillions ensemble, à plusieurs, pour leur permettre de traverser ce moment difficile.

Les émotions des parents, un domaine étranger pour certains professionnels

C’est tout un domaine qui était un peu étranger à nos pratiques car finalement la plupart des professionnels, quelle que soit leur discipline, avaient été formé dans la culture de l’époque, à rester dans la réserve,à pas trop s’impliquer, à favoriser l’autonomie des parents. Mais nous savons bien que si un parent est autonomie trop vite, c’est une autonomie de façade. Il est fort probable qu’attendre un enfant va demander d’éprouver une dépendance relationnelle, que les professionnels peuvent désormais offrir, non pas en termes d’assistance mais d’accompagnement, pour qu’une véritable autonomie puisse se construire. Ce n’est pas facile du tout et cela remet en question un peu nos présupposés classiques.



Formation "Graphomotricité : un acte psychomoteur" Modules 1 et 2

Le 20 février 2020

Suite à de plusieurs appels ces derniers jours, nous vous informons qu'il reste encore quelques places pour participer à la formation

"Graphomotricité : un acte psychomoteur" Modules 1 et 2.

N'hésitez donc pas à vous y inscrire, en suivant le lien :

/upload/files/bulletins-d-inscription/bulletin-d-inscription-2020-spass-dmu.pdf



Entretien avec Pierre Delion : " Comment soutenir les parents d'enfants difficiles ?"

Le 18 février 2020

Pour soutenir les parents qui sont en difficulté avec leur enfant, le professionnel va créer avec les parents un "cercle" autour de cet enfant décrit comme difficile. Dans un premier temps, réfléchir au sens des comportements de l'enfant : quels sont les moments les plus critiques ? Quels sont ceux qui à l'inverse se passent bien ? Qu'est ce qui apaise l'enfant ? C'est à travers ce nouvel éclairage, cette nouvelle grille de lecture, que les parents vont pouvoir renouer le contact avec leur enfant et penser à ce qui lui fait difficulté, y compris dans leur relation.

Dans un second temps, en fonction de la difficulté identifiée - éducative, ou psychiatrique - une réflexion pourra s'ouvrir sur l'aide la plus adaptée à lui apporter.

Entretien réalisé lors du 7ème congrès européen de l'A.E.P.E.A. : "Corps à corps. Souffrances du corps et travail psychique chez le bébé, l'enfant, l'adolescent, la famille et les soignants" tenu à Bruxelles en mai 2014.

 

Comment soutenir les parents d’enfant difficile, retour sur l'entretien vidéo avec Pierre Delion pédopsychiatre et psychanalyste

Dans notre profession de psychomotricien, il est important d’accompagner les parents avec leur enfant. Une réflexion en lien avec notre formation continue de psychomotricien délivrée par l’équipe d’S’pass Formation : « Enfant(s) et parent(s) en Thérapie psychomotrice ».

 

Créer un cercle autour de l’enfant pour comprendre et aider

Tout d’abord je pense qu’il faut essayer de faire cercle autour de l’enfant difficile avec les parents. Non pas dans une stigmatisation de leur enfant qui leur rend la vie si difficile, mais un cercle dans lequel on va penser. Créer une sorte de premier groupe, dans lequel on va penser que ce comportement de l’enfant est l’expression de sa souffrance.

Dans un premier temps, il s’agit d’accueillir cette difficulté non pas comme étant comme quelque chose qui nous est adresser sur le mode agressif et qui rend les relations difficiles. Mais plutôt une difficulté qui nous est adressée comme une main tendue pour aider l’enfant, alors que quelque fois l’enfant lui-même ne sait pas qu’il a besoin d’aide.

Les parents en général, qui sont avec un enfant difficile, sont pris par une culpabilité intensive, en se demandant « pourquoi notre enfant nous fait vivre ces choses-là ? ». Et s’ils restent dans cette culpabilité, cela ne va pas aider l’enfant. Il faut essayer de transformer cette culpabilité en quelque chose qui serait la responsabilité des parents avec les gens qui viennent consulter, pour aider leur enfant à sortir de ces difficultés.

 

Transformer la difficulté de l’enfant pour pouvoir agir

Ce 1er cercle va être une sorte d’usine à transformer la difficulté de l’enfant en un signe « aidez-moi parce que moi je n’y arrive plus tout seul ». Ce petit laboratoire qu’on va construire avec les parents sera une surface de travail, pour essayer de penser, de comprendre depuis quand c’est survenu, à quelle fréquence, à quelle amplitude et dans quelle circonstance particulière cela survient ou au contraire cela s’apaise

Ce cercle va permettre de faire une 1ere étude d’observation de ces phénomènes avec les parents pour essayer de comprendre avec eux quelle dynamique sous-jacente à cette difficulté de l’enfant. On se rend compte à ce moment là que les parents rentrent dans un autre processus qui est, non plus d’écrier leur enfant qui est difficile, mais se poser des questions sur « comment peut-on transformer cette difficulté en souffrance et cette souffrance en quelque chose sur lequel on va pouvoir agir ».

 

Enfant difficile VS enfant concerné par une pathologie pédopsychiatrique

Dans un 1er temps pour tous les enfants qui seraient des enfants dit difficiles parce-que le système éducatif n’est pas suffisamment limitant. Les parents vont se poser des questions sur leur attitude éducative générale et sur ce qui peut être changé pour aider leur enfant à mieux se repérer par rapport aux limites.

Dans un 2eme temps, pour les enfants qui sont concernés par une difficulté en rapport avec une pathologie pédopsychiatrique, ne pas hésiter à se faire aider par des gens qui sont spécialisés dans ce domaine. Ils vont faire un lien entre la difficulté, les symptômes et les possibilités de prise en charge de cette maladie. Les parents vont aussi avoir un rôle d’aide mais dans ce second cas, parce que l’enfant tout seul ne peut pas sans sortir, il a absolument besoin de ses parents.



Devoir de discrétion et secret professionnel : quelle différence ?

Le 16 février 2020

Réponse en vidéo avec Claire MEERSSEMAN, psychologue clinicienne, psychothérapeute et thérapeute familiale.

 

Quelle différence entre le devoir de discrétion et le secret professionnel ? A qui ou à quelle profession cela s’applique ?

Claire Meersseman, répond à cette question et nous éclaire sur cette différence, parfois mince et difficile à cerner selon certaines situations que l'on peut rencontrer en tant que psychomotricien.

Différence selon la profession

En fait, le législateur a choisi de faire une différence entre les deux en fonction du type de profession que l’on exerce.

Si je suis un enseignant par exemple, ma mission est de transmettre un savoir aux enfants et la confidence n’est pas nécessaire pour exercer mon métier. Même s’il est logique que les enfants vont se confier à moi dans ma fonction d’enseignant, je n’ai pas un rôle d’aide de l’enfant directement. La difficulté de l’enseignant est de recevoir des confidences des enfants, d’avoir un devoir de discrétion et de voir à qui il va pouvoir transmettre l’information si l’enfant est en difficulté. Et de référer quelque chose lié à la problématique de l’enfant, à des professionnels soumis au secret professionnel.

L’une des grosses différences c’est, que ce soit un assistant social, un psychologue ou un médecin, ne pourra recevoir des confidences uniquement parce qu’il garantit le secret professionnel. Et il ne pourra partager avec d’autres personnes, que s’il en a préalablement discuté avec le patient et qu’il a évaluer la situation nécessaire.

C’est très différent d’être dans une profession qui a besoin du secret professionnel pour exercer et recevoir des confidences, ou d’être dans une profession qui n’a pas besoin de ce secret pour exercer ce métier. Mais la frontière peut être difficile à cerner et si on a un doute par rapport à cela, il faut se référer à des personnes qui ont connaissance et qui peuvent répondre à toutes ses questions autour du secret professionnel.

Différence au niveau de la législation

Une autre des grandes différences, est que le devoir de discrétion est inscrit dans le code civil et qu’il n’y a pas de peine si je ne respecte pas. Tandis que le professionnel soumis au secret en a l’obligation et doit en rendre compte au niveau pénal et peut encourir des peines s’il ne respecte pas le secret.

Ce qui explique parfois la difficulté de collaborer entre des personnes non-soumises au secret professionnel (un enseignant, une aide familiale) et des personnes soumises au secret. A ce moment-là, il est important d’en discuter avant de partager des confidences soumises par le secret.



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