En tant que professionnel, que partager des confidences d’un enfant et avec qui ? Entretien avec Claire Meersseman

Un entretien avec Claire Meersseman (04:02), psychologue clinicienne, psychothérapeute et thérapeute familiale.

Recevoir les confidences d'un enfant à propos de maltraitance est perturbant pour le professionnel. Dans un premier temps il est nécessaire d'en parler à un collègue, la direction, le pms ou pse et de faire ausculter l'enfant par un médecin si cela s'avère opportun... Partager ce secret permet au professionnel de prendre du recul par rapport à la situation et de ne pas agir dans la précipitation ou sous le coup de l'émotion.  

Selon les situations et surtout le degré de danger pour l'enfant, il est nécessaire de réfléchir à plusieurs sur quelle loi privilégier : l'assistance à personne en danger ou le maintien du secret professionnel. Selon cette analyse de la situation, il s'agira d'alerter les autorités judiciaires, de contacter des services tels que les équipes SOS Enfants, SAJ...

Les parents doivent être informés de la situation et une alliance est créee avec eux. 

 

Si je reçois les confidences d’un enfant maltraité, avec qui et qu’est-ce que je vais partager par rapport à ce qu’il y a lieu de faire ?

En tant que psychomotricien, il est possible que vous recueilliez les confidences d’un enfant maltraité. Dans le cadre de nos fonctions et au regard du secret professionnel, que faut-il partager comme information, avec qui et quoi faire ?

Claire Meersseman, psychologue clinicienne, psychothérapeute et thérapeute familiale donne réponses à nos interrogations sur la démarche à entreprendre dans ce type de situation perturbante.

En référer à ses collègues ou sa direction

En fonction de mon rôle, et de mon insertion dans l’institution dans laquelle je travaille, je dois étudier la possibilité d’en référer à un collègue de travail ou à mon chef de service. On sait tous que recevoir des confidences d’un enfant maltraité est quelques chose très perturbant et très lourd. Je peux être dans l’envie d’agir directement, ce qui sera sans doute nécessaire, mais en premier lieu il faut en référer quelqu’un de proche dans ma sphère professionnelle.

Evaluer le besoin de soin ou de protection de l’enfant

Si je reçois la confidence d’un enfant à l’école par exemple, c’est important que j’en parle avec des collègues ou avec ma direction. Ou de pouvoir référé au PSE s’il y a lieu de faire un constat, ou de référé au PMS pour qu’ils puissent prendre le relais. Cela va m’aider à prendre du recul sur la situation et pouvoir évaluer si cet enfant à d’abord besoin de soin ou besoin de protection.

Assistance à personne en danger et secret professionnel

S’il y a besoin d’une protection immédiate, nous allons être confronter à la question des limites par rapport au secret professionnel et à la question de l’assistance à personne en danger. Or ces deux lois qui organisent nos métiers, demandent que l’on évalue ce que l’on va mettre en priorité. Si je privilégie l’assistance à personne en danger, c’est-à-dire d’aider cet enfant et de le protéger, je vais devoir me délier du secret professionnel et faire appel aux autorités judiciaires. C’est un acte important, qui impliquent de grandes responsabilités, c’est pourquoi il est primordial que je l’évalue la situation avec des collègues et voir exactement quelles informations je vais transmettre aux autorités judiciaires. Mais tous les enfants qui sont maltraités, n’aboutissent pas au niveau judiciaire, pourquoi ? Parce-qu’avant même de faire appel aux autorités, si j’ai parlé avec des collègues, nous avons peut-être la possibilité de faire appel à tel ou tel service pour protéger cet enfant. Ce qui représente déjà une première intervention d’aide ou de soin pour l’enfant.

Faire équipe avec les parents

Il est important aussi de penser et de savoir qui sera la personne, qui va parler aux parents de la difficulté que l’on rencontre avec leur enfant et pouvoir faire alliance avec eux. C’est important de s’entourer, de faire une petite équipe d’intervention de première ligne. Il faut agir, mais il ne faut pas agir dans la précipitation. C’est important d’agir si on a réfléchi aux conséquences, aux types d’actions que nous allons mener tant par rapport à l’enfant, que à la relation que l’on aura avec les parents.

 

Claire Meersseman nous livre également un entretien vidéo qui nous explique quelle est la différence entre le secret professionnel et le devoir de discrétion qu’on vous invite à consulter

 

Le 01 mars 2020

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