La place de l'émotion dans l'accompagnement des parents. Entretien avec Françoise Molénat, pédopsychiatre

Devenir parent, donner la vie, élever un enfant... passe autant par des émotions que par la raison. Nos préoccupations en tant que psychomotriciens et professionnels de l'aide, doivent entendre ces émotions en présence, les prendre en compte, sans y mettre les nôtres, sans en être envahis. La sécurité que vit le professionnel dans son métier lui donnera l'assise pour permettre aux émotions en présence d'être éprouvées par les parents et de s'appuyer sur cette reconnaissance et cette écoute pour assurer leur propre sécurité psychique.

 

La place de l’émotion dans l’accompagnement des parents, retour sur l’entretien vidéo avec Françoise Molénat pédopsychiatre

Dans notre profession de psychomotricien, il est important d'accompagner les parents avec leur enfant et de prendre en compte leur ressenti, leurs émotions et leur difficulté. Une réflexion qui fait écho à plusieurs de nos formations continues en psychomotricité :

 

L’importance des émotions dans notre rôle de professionnel d’aide

On ne prend pas en compte les émotions des parents, leurs ressentis, leurs sentiments quand ils deviennent parents, quand ils mettent au monde un enfant, encore plus quand ils sont en difficulté et cela a des effets en négatifs. Mettre au monde un enfant, élever un enfant passe par des émotions et pas par la raison ni des conseils mais par des ressentis.

Donc si des professionnels rencontrent des femmes, des hommes ou des couples autour de cet accès à la place de parents, quel que soit le moment, et qu’ils ne s’intéressent pas un minimum à ce qu’ils ressentent, ils les amputent de tout un registre qui est essentiel dans l’image que les parents ont d’eux-mêmes et dans les outils pour rencontrer un enfant et pour être bien avec lui.

Il faut repartir de là, ce n’est pas en plus de s’occuper des émotions, mais c’est revenir à quelque chose de normal qu’on avait oublié. Dans la phase de désir de maitriser la sécurité médicale, une phase importante, il a fallu cloisonner les services et cloisonner l’humain. Dans cette phase, on a pu penser, après coup, qu’on pouvait surveiller une grossesse sans s’occuper des émotions par exemple. Qu’est-ce qu’on allait faire si une femme se mettait à pleurer ? On n’était pas formé à ça, et ça sortait de notre champ. Nous n’avions pas les collaborations qui permettaient de prendre en compte les trajectoires difficiles des parents. Donc les obstétriciens, si on prend leur exemple, avaient la hantise de voir une femme enceinte pleurer.

Remettre les émotions des parents à leur place

Aujourd’hui, tout l’effort qui est fait c’est de remettre l’émotion à sa place, dans nos préoccupations. Ce qui veut dire, ne pas gommer celles de parents et ne pas gommer non plus les nôtres, en sachant qu’il ne faut pas mettre les nôtres à la place de celles des parents. Ce qu’il faut c’est faire attention en tant que professionnels, que l’on peut être éprouvé par des communications difficiles ou des situations douloureuses qui nous font vibrer, et que nous avons besoin d’être en sécurité minimal pour redonner de la sécurité à des parents qui eux sont dans l’épreuve. Donc cette question de la sécurité du professionnel est centrale, c’est-à-dire, comment des professionnels peuvent s’approcher un petit peu pour montrer aux parents éprouvés, qu’ils ne sont pas abandonnés, et que leurs émotions sont reconnues par les professionnels qu’ils rencontrent à différents moments. Mais comment les professionnels peuvent ne pas prendre la place des parents, qu’ils ne soient pas envahis eux-mêmes et peuvent éventuellement s’appuyer sur ce qu’ils éprouvent pour permettre aux parents d’avancer, qu’on avance ensemble.

Reconnaître ses limites et s’appuyer sur le processus de complémentarité

Dans certains nombres de cas, un professionnel peut être amené à dire à des parents « je ne sais pas comment faire », « je vois ce que vous vivez » ou « peut-être je me suis trompé ». Il faut poser ses limites, ce qui n’est pas facile pour un professionnel, mais nous avons pu être maladroits et nous pouvons le reconnaitre. Nous ne sommes pas tout seul et que si quelque chose se révèle difficile et qu’on ne sait pas comment faire, on peut s’appuyer sur d’autres professionnels. Il faut mettre en place le processus de complémentarité, de soutien interprofessionnel, et pouvoir dire aux parents que ce qu’ils sont en train de vivre, mérite que nous travaillions ensemble, à plusieurs, pour leur permettre de traverser ce moment difficile.

Les émotions des parents, un domaine étranger pour certains professionnels

C’est tout un domaine qui était un peu étranger à nos pratiques car finalement la plupart des professionnels, quelle que soit leur discipline, avaient été formé dans la culture de l’époque, à rester dans la réserve,à pas trop s’impliquer, à favoriser l’autonomie des parents. Mais nous savons bien que si un parent est autonomie trop vite, c’est une autonomie de façade. Il est fort probable qu’attendre un enfant va demander d’éprouver une dépendance relationnelle, que les professionnels peuvent désormais offrir, non pas en termes d’assistance mais d’accompagnement, pour qu’une véritable autonomie puisse se construire. Ce n’est pas facile du tout et cela remet en question un peu nos présupposés classiques.

 

Le 01 mars 2020

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